La Chartreuse de Parme, livre II, chapitre XVIII
Introduction :
Roman de Stendhal (1783-1842), de son vrai nom Henri Beyle, militaire puis diplomate et écrivain français principalement connu pour le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme (1839). L'oeuvre de Stendhal fut peu reconnue de son vivant, même si des contemporains tels Balzac, ont goûté (?) son écriture.
Sujet: Fabrice Del Dongo est emprisonné à la tour Farnese pour avoir assassiné un homme en duel, pour des raisons sentimentales. Dans cet extrait, il découvre que celle qu'il avait vu auparavant (livre I) et dont il est amoureux, n'est autre que la fille du directeur de la prison Fabio Conti, Clélia.
Problématique: Comment, dans cet extrait, le narrateur exprime-t-il le bonheur paradoxal de Fabrice, en prison?
Plan:
I. Le récit réaliste de l'arrivée en prison de Fabrice
II. Le bonheur paradoxal éprouvé par Fabrice
I. Le récit réaliste de l'arrivée en prison de Fabrice
a) Le cadre temporel
C'est un passage de récit au passé, employant donc en alternance passé simple et imparfait, ainsi que la 3ème personne.
Le narrateur fait sentir sa présence et associe le lecteur par «notre héros» (l.41)
Il n'y a pas de repère chronologique précis, mais on sait que l'action se déroule après la bataille de Waterloo (1815), à laquelle Fabrice a participé.
Il y a cependant de nombreuses indications temporelles, propres aux registre réaliste qui s'efforce de donner une illusion de réel, jusque dans les détails «inutiles» comme les informations spatiales et temporelles. On trouve en effet: «depuis un an» (l.2), «les derniers rayons du crépuscules du soir» (l.14-15), «il y avait lune ce jour là» (l.20), «huit heures et demie du soir» (l.23). Ainsi, que ce soit des indications temporelles précises et objectives ou plus subjectives, elles suggèrent une atmosphère de couchant.
b) Description du paysage
Le texte donne le point de vue du personnage, c'est une focalisation interne donc subjective et non exhaustive. Par ce point de vue, le lecteur voit dans le paysage ce qui attire l'oeil de Fabrice uniquement.
Dès son arrivée, celui-ci se précipite vers la fenêtre. Son oeil observe d'abord le paysage proche et urbain, le palais du gouverneur mais se déplace également verticalement, du fait de la hauteur depuis laquelle Fabrice regarde ce paysage. Il s'attarde un temps sur les oiseaux, qui, bien qu'en cage, suggèrent l'évasion, la liberté.
Puis, il élargit et éloigne son regard.
c) L'arrivée en prison
Le cadre est régulièrement rappelé dans le passage. La première phrase mentionne la prison, même si le terme de prison n'est pas donné.
«beau nom d'Obéissance Passive» (l.3-4) ? ironie
«chef-d'oeuvre» (l.2) ? c'est une prison très sécurisée et moderne
Mais le cadre de la prison a beau être sans cesse rappelé: «fenêtres grillées» (l.5), «geôliers» (l.15), «Fabrice entrait dans sa prison» (l.20-21), ligne 39 (le personnage lui-même parle de la prison) par le point de vue objectif, on l'oublie car Fabrice n'y pense pas et que la focalisation est principalement interne.
On remarque une insistance particulière sur les lieux.
II. Le bonheur paradoxal éprouvé par Fabrice
a) Le regard du héros
Dans ce cadre précis, on s'intéresse tout particulièrement à ce que dit, pense et voit le héros. Fabrice est attiré par ce qu'il voit mais aussi ce qu'il entend (comme les oiseaux, qui, sous les apparences d'un détail inutile, sont à la fois l'évocation de la liberté mais surtout de Clélia, leur propriétaire)
Le paysage est d'abord vu par l'oeil de Fabrice, qui en est ému puis, dans le 2ème paragraphe, la description est faite par le narrateur. Ce spectacle produit beaucoup d'effet chez le personnage: «ému» (l.29), «ravi» (l.29), «admirant» (l.35).
Cela est à rapprocher du romantisme: il contemple de sa fenêtre la Nature magnifique.
b) Le personnage de Fabrice
Ses pensées sont rapportées au discours direct: «Mais ceci est il une prison? Est-ce là ce que j'ai tant redouté?» (l.38-39) et au discours indirect libre (l.30-34)
Dans le discours indirect libre, il parle de Clélia: le paysage l'émeut autant par sa beauté que parce que Clélia voit le même. Dans le discours direct, il pose des questions rhétoriques, il se rend compte qu'il est en prison, même si ce n'est pas aussi horrible qu'il ne le craignait.
Le héros change d'état d'esprit et développe le thème du bonheur paradoxal du bonheur en prison, comme le montre l'oxymore «douceurs de la prison» (l.42)
c) Point de vue du narrateur
La narrateur se moque un peu de son héros, en établissant une proximité ironique: «notre héros» (l.41) mais aussi à cause de sa mièvrerie et sa naïveté par rapport à la réalité de la prison: il est exalté, amoureux, sensible et idéaliste mais jusque dans un léger ridicule, car ses sentiments sont totalement coupés de la réalité.
Fabrice recherche le bonheur, qu'il trouve dans la contemplation et l'amour.
Conclusion
Le héros emprisonné éprouve un bonheur paradoxal dû à la proximité de sa bien-aimée. Ainsi, on voit l'absolu de l'amour, une condition indispensable au bonheur, contrairement à la liberté.