La peste
Introduction
Écrit par Albert Camus (1913-1960), en 1947. Cet auteur développera la pensée de l'absurde, avec L'Étranger (1942), Le mythe de Sisyphe (1942) et Le Malentendu (1944) puis dépassera l'absurde par l'Humanisme (l'action et la fraternité) avec La Peste (1947), L'homme Révolté (1951), Les Justes (1949) et L'État de siège (1948)
Ce passage est un extrait de l'avant dernier chapitre de l'avant dernière partie.
Sujet: La peste sévit encore violemment à Oran, ville touchée par cette maladie et mise en quarantaine, à l'automne dans les années 1940. La ville étant refermé sur elle-même, elle devient le théâtre de l'opposition entre les différentes thèses sur le Mal omniprésent, le sens de la vie.
On observe dans ce texte trois niveaux de lecture:
- la chronique d'une ville touchée par la peste
- l'allégorie du Mal (Nazisme...)
- «l'expérience» de la condition humaine, dans un contexte particulier, ici la maladie
Le bain est ici un échappatoire à la peste, qui leur permet de plus de sceller leur amitié.
Problématique: Comment est exprimé le bonheur, en quoi consiste-t-il? Est-ce un moment durable ou fugitif ?
Plan :
I) Un moment exceptionnel
II) Un pacte d'amitié
I) Un moment exceptionnel
A) Un moment clandestin
On a affaire à un roman, ici un passage de récit, qui fait suite à un dialogue d'idées. Ce récit est fait à la 3ème personne, au passé et est organisé en 4 paragraphes, correspondant chacun à un sujet:
1er §: La sortie, 2nd §: Description de la mer, 3ème §: Le bain, 4ème §: Le retour
Le 1er et 2nd sont égaux, le 3ème est le plus long et le 4ème est beaucoup plus court.
Le retour est donc rapide, le narrateur fait même une ellipse entre 3ème et 4ème §.
Le moment est exceptionnelle car il faut sortir de la ville, ce qui est techniquement très difficile mais aussi car il faut échapper à la seule pensée de la peste. Tout cela demande du temps et est difficile au sens propre (demande de papiers, longue examination, laissez-passer..) et figuré (réussir à oublier la peste)
Les deux personnages vont loin, très loin: «les poussait vers la mer» (l.4-5), «Peu avant d'y arriver» (l.8-9)
Ils échappent également à l'odeur, au souffle chaud et marin de la ville, et respirent celui de la mer (iode, algues)
B) La présence de la nature
C'est un moment exceptionnel car se déroulant loin de la ville malade et dense, au port
vide, frais, sain et où la nature omniprésente. La scène a lieu la nuit, à l'automne, au bord de la mer, dans ses senteurs. Il y a présence d'éléments de la Nature: «lune» (l.2), «ciel» (l.2), «mer» (l.5) hors de la ville enfermée. La Nature est saine par rapport aux hommes et à la ville malades et malsains.
On trouve du lyrisme dans la description de la nature, de l'exaltation.
C) Les sensations
Les sensations sont essentiellement ressenties par Rieux, mais également par Tarrou. 4 des 5 sens sont évoqués, notamment le toucher. Cela montre une sensualité hors de la souffrance.
C'est un moment exceptionnel par tous ces aspects, qui scelle une véritable amitié.
II) Un pacte d'amitié
A) Les deux personnages
Ce sont les deux plus importants du livre. Ils sont d'abord évoqués ensemble (1er et 2nd §: «ils») mais ensuite, les sensations sont alternativement celles de l'un puis de l'autre avec plus particulièrement celles de Rieux, qui se trahit alors en tant que narrateur, bien qu'il parle de lui à la 3ème personne. Tarrou est néanmoins le 2nd narrateur.
B) La fraternité
Elle est nouée par un action commune et non par des paroles. Si la scène scelle leur amitié, elle est pourtant silencieuse, prouvant la supériorité de l'action commune sur la parole. La fraternité se trouve donc dans cette action commune, bien qu'ils ne soient pas tout à fait synchronisés (l.37-39)
Cela est symbolique de leur amitié et de leur lutte unie contre la peste. Lorsque l'un commence une action, l'autre tente d'en faire de même, au même niveau mais cela prend du temps. Il y a ainsi une entente au delà des mots, dans l'action.
C) La pause libératrice
Cette action commune permet en effet aux deux personnages une pause libératrice, loin du monde et de l'angoisse de la peste, seuls dans l'obscurité, clandestins. Ils sont en maillot et ont donc retirés leurs vêtements habituels, ce qui marque leur sortie de leur fonction habituelle sociale: ils ont retiré leur blouse de médecins, imprégnées de la vérité de la maladie. C'est le seul moment hors de la ville et libérateur, un moment de repos dans leur surmenage. C'est aussi un moment de bonheur ponctuel en temps de malheur (l.19-21)
Tarrou incarne la position de l'absurde tandis que Rieux, lui, incarne celle du médecin dans l'action et la solidarité. Cette dernière est la position de Camus au moment de l'écriture. Tarrou pense que l'on peut être heureux même en situation absurde, c'est à dire en temps de malheur, ici représenté par la peste. Pour Tarrou, la vie est facile en temps de maladie, il suffit de s'entraider et de survivre. On peut ainsi atteindre le bonheur grâce à la peste.
Conclusion
C'est un récit présentant un bonheur humain terrestre par un lien avec la Nature, un lien humain, l'activité physique, l'action fraternelle, qui permettant aux hommes de mieux vivre. C'est en effet l'action qui définit l'homme, et non pas la parole. C'est l'Humanisme moderne.