Les Animaux malades de La Peste
Introduction
C'est la 1ère fable du livre VIII, compris dans le recueil publié en 1678.
Ce texte est inspiré des traditions médiévales.
C'est une fable plutôt longue, qui fait 64 vers avec l'hétérométrie habituelle: alexandrins/octosyllabes (excepté au vers 29, contenant 3 syllabes, donc étant court et impair) et les trois types de rimes (embrassées, croisées, plates)
Il y a 3 mouvements:
- Vers 1 à 14, c'est l'exposition l'exposition
- Vers 15 à 62, c'est le récit
- Vers 62-63, c'est la morale explicite
V. 43: infinitif de narration = imparfait, passé simple
Sujet: Le royaume est ravagé par la peste, le roi cherche une victime expiatoire. Tous se présentent comme innocents, sauf l'âne qui avoue une peccadille (petite faute) et est donc mis à mort.
Problématique: Comment la fable montre le pouvoir de la parole ?
Plan:
I. Les caractéristiques du récit
II. Les discours des personnages
III. La leçon
I. Les caractéristiques du récit
a) Temps, lieu, personnages
Le temps et le lieu sont toujours imprécis, avec cependant un lieu implicite: la cour du lion (˜Louis XIV). On note cependant des temps du passé: imparfait, passé simple.
Au niveau des personnages, les animaux sont humanisés car ils parlent beaucoup et individualisés par leur discours. Nous sommes dans une société hiérarchisée (cour du roi Louis XIV)
Le récit est long et a par ailleurs la particularité d'être en deux temps: v. 1 à 14 la description de la situation initiale, à l'imparfait puis vers 15 à 62, l'action, narrée au passé simple où le discours direct domine sur le récit, secondaire.
b) Originalité
Elle repose sur une longue exposition de 14 vers. Cela donne à la fable un caractère tragique rappelant le mythe antique de la famille d'Antigone, les Labdacides, donc l'Oedipe-Roi, de Sophocle, notamment avec l'Achéron (fleuve de l'enfer) la peste et le roi.
La cour est ravagée par la peste, le lion convoque donc un conseil des animaux afin de trouver le plus coupable et de le sacrifier (vers 18-19) pour apaiser la colère des Dieux. On cherche ainsi une victime expiatoire, un bouc émissaire.
La fabuliste amplifie le pouvoir de la peste, dramatise la scène à 2 moments:
Vers 1 à 6, il crée un effet d'attente en jouant sur les mots, le rythme, les appositions et l'enjambement.
Vers 7 à 14, il évoque les conséquences du mal avec un chiasme et une accumulation de négation pour montrer qu'il n'y a plus de vie, faire un contraste avec la société variée (tourterelles ? lion)
C'est une fable traditionnelle mais son exposition la rend originale.
On utilise le terme de «Mal» qui fait ainsi peut être référence à un cas plus général que la peste.
II. Les discours des personnages
a) Le roi
Vers 15 à 33 (19 vers) en deux temps:
Vers 15 à 24, il expose la situation.
Puis v. 25 à 33, il doit montrer l'exemple et fait son examen de conscience en avouant ses fautes.
On note des rimes signifiantes: moutons/gloutons et manger/berger
Vers 29: trisyllabe mettant en valeur le mot «berger». C'est un usage ironique, avouant la plus grosse faute.
Vers 30 à 33, il utilise une parole habile: il avoue sa faute et peut se sacrifier mais il montre sa puissance donc l'impossibilité de ce geste et atténue sa responsabilité.
Son discours est court, le roi est peur critiqué, les animaux sont invités à se dénoncer à leur tour.
b) Le renard
Vers 34 à 42 (9 vers)
Il n'avoue aucune faute mais en bon courtisan qu'il est, flatte le roi: «trop bon roi» (v. 34) en lui donnant raison. C'est un personnage très hypocrite qui montre que se faire dévorer par le roi est un honneur. C'est un courtisan rusé (symbole du renard). Il rappelle que les hommes sont déplaisants et méritent d'être mangés car ils se croient supérieurs aux animaux.
La réaction à son discours est favorable, rapide et unanime: il s'accorde au code de la cour, souligné par «d'applaudir», infinitif de narration. Après un discours si habile, les animaux ne peuvent plus rien dire.
Le fabuliste reprend la parole pour 5 vers de récit, les paroles ne sont plus rapportées car c'est à chaque fois la même chose, tous les animaux ont tenu le même discours. On remarque que les animaux puissants (Tigre, Ours) ne sont pas critiqués, avec de plus l'ironie de la rime mâtins/saints.
c) L'âne
Il parle 5,5 vers (v. 49,5 à 54)
C'est un animal faible et naïf, qui arrive à la fin. Son discours est assez court. Il y emploie fréquemment la première personne, comme le roi: il fait ça honnêtement, selon les consignes. Ainsi, il énumère les raisons de sa faute en cherchant et accumulant ses souvenirs: «Je pense» (v. 51). Il s'accuse avec précision et est donc l'opposé du renard: «Je n'en avais nul droit» (v. 54)
Bien que cet animal ne soit ni flatteur ni hypocrite, le fabuliste ne compatit pas: l'animal a voulu faire partie de la vie de la cour sans en connaître les codes, il est normal qu'il soit puni.
Réaction: «Haro sur le baudet» (v. 55), c'est une victime type. La réaction est rapide et se fait avec un terme juridique: l'animal est reconnu coupable.
d) Le loup
La symbolique animale est toujours présente: le loup est cruel.
Le loup est clerc donc instruit, il joue donc le rôle de juge, qui fait le réquisitoire symbolique.
Il utilise le discours indirect puis indirect libre, vers 60, il se distingue des autres.
Par une énumération dépréciative, on voit que l'âne accumule toutes les fautes: son apparence même est contre lui, il n'est pas habile et faible. Evidemment, on n'attaque pas le fort mais celui qui ne pourra pas se défendre.
L'ironie est marquée avec les points d'exclamation et l'emploi de «Pendable», qui se rapporte habituellement aux humains.
On retrouve la loi du plus fort mentionnée dans «Le Loup et l'Agneau»
III. La leçon
Il y a un effet de contraste avec le long récit puisque la morale est très brève et ne fait que 2 vers. La fable se termine par une ellipse: l'âne est tué mais on ignore si la peste a disparu. Ainsi, on se demande si la cour des animaux a tué un innocent et si cela leur aura été utile.
Contrairement à Oedipe-Roi, personne n'a avoué ses fautes
On note un «Vous» à 2 reprises, ce qui amène le lecteur à penser à la société humaine. Toutefois, le jugement est global, puisqu'exprimé par le pluriel «les jugements de cour»
C'est une critique des courtisans naïfs (l'âne), des grands hypocrites (le renard et le loup) et de la justice qui châtie les faibles, en partie. Mais elle est plutôt politique et vise roi et encore plus les courtisans.
Nous sommes ici dans une allégorie de la condition humaine en proie au mal: sur Terre règne un amas de mensonges et de malhonnêteté, où les faibles et les honnêtes sont punis.
Conclusion
La belle parole, flatteuse et mensongère permet aux courtisans d'échapper à un mauvais sort. Mais cela ne suffit pas: il faut aussi connaitre les codes de la société. De plus, les puissants (renard et loup) l'emportent sur les faibles.
Cette fable peut être comprise plus largement: c'est une allégorie de la condition humaine en proie/face au mal. Ainsi, face au malheur, les faibles sont les victimes tandis que les puissants (qui connaissent les codes) arrivent à se tirer d'affaire.